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18/02/2014

Le Grand Paris se mue en métropole d’opérette .

Culture - le 10 Février 2014

Opérette

Le Grand Paris se mue en métropole d’opérette

 

Du Paris d’Offenbach au Grand Paris des promoteurs d’espace, Olivier Coulon-Jablonka questionne une ville en mutation, objet, hier et aujourd’hui, de tous les fantasmes.

Il faut un certain culot pour porter à la scène un sujet aussi peu glamour que le Grand Paris. Urbanisme, aménagement du territoire, bassins de vie, bassins d’emploi, écoquartiers, réseaux, transports, gentrification, paupérisation, friches industrielles, friches culturelles… On parle d’interstices, de verrues pour désigner des no man’s land objets de toutes les convoitises. Un grand quotidien du soir titrait même, au printemps dernier : « La Seine-Saint-Denis, Data Valley du cloud français »… Waouh ! Qu’en des termes obscurs les choses sont dites.

Alors Olivier Coulon-Jablonka, avec les acteurs de la 
Cie Moukden-Théâtre, a pris son bâton de pèlerin et s’en est allé à la rencontre des principaux acteurs-promoteurs du fameux Grand-Paris. Mais, comme il a le souci de comprendre les enjeux d’un projet aussi vaste et ambitieux, il s’est plongé dans ce qui fut la première grande mutation parisienne, les travaux du baron Haussmann qui transformèrent la ville, au prix d’une bouleversement urbain et politique sans précédent. Le Paris haussmannien se situe entre deux révolutions, celle de 1848 et de la Commune. Il vend l’idée d’une ville-lumière au sens premier du terme et non au sens des philosophes, d’une ville patrimoniale (déjà !) et fer de lance économique. La bande-son de l’époque, on la trouve dans la Vie parisienne, d’Offenbach, une opérette dont la légèreté et l’apparente vacuité du propos disent, mieux que tout, ces grands chantiers qui bouleversent l’urbanisme et la vie des hommes.

Ainsi est né « Paris nous appartient », un projet qui ne manque ni d’audace ni de pertinence, où les comédiens passent du Paris du second Empire au Paris d’aujourd’hui, lui-même en proie à de nouvelles mutations. De plans d’urbanisme en plans foireux de la troupe, qui se retrouve dans un troquet du 11e arrondissement (s’amusant de l’appellation « bobo » du quartier, terme si caricatural qu’il en devient virtuel), on traverse les lieux et le temps en un tour de main que réalisent fort à propos les acteurs. On est dans un faux salon XIXe, avec des barons et autres comtesses de pacotille, puis, soudain, nous voilà projetés dans un bureau d’ingénierie urbanistique qui vend son projet de réaménagement du territoire pour les siècles à venir. C’est plus qu’astucieux. C’est osé, c’est gonflé que de s’emparer d’un sujet politique aussi épineux dans une adresse au public qui fait appel à son intelligence. On rit beaucoup, on applaudit le jeu précis et follement enjoué des acteurs qui poussent l’opérette sans être chanteurs pour autant. C’est fou comme les éléments de langage haussmannien ressemblent à s’y méprendre à ceux des promoteurs du Grand Paris ! Car une des questions qui n’est jamais abordée à voix haute est bien de savoir ce qu’on allait faire des pauvres du Paris d’Haussmann comme de ceux de la Seine-Saint-Denis aujourd’hui. On sait comment Haussmann les a poussés à la périphérie. On se doute de ce qui les attend aujourd’hui. « Tout changer pour que rien ne change », écrivait Lampedusa dans le Guépard…

 

Au Théâtre de l’Échangeur, 
à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), jusqu’au 23 février. Du 20 au 22 mars, au théâtre de Sartrouville (Yvelines), et du 26 au 28 mars, 
à la Comédie de Béthune.

Marie-José Sirach

18:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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