18.05.2009
L'économie plonge bien plus bas que prévu...
Par Régis TRILLES le dimanche 17 mai 2009, 22:09 - Economie - Lien permanent
Conjoncture . Contrairement aux prévisions gouvernementales, la croissance est négative en France depuis octobre 2008. En 2009, l’activité devrait reculer de 3 %. C’est « techniquement » acté. Avec deux trimestres consécutifs de croissance négative, la France est officiellement en récession. Comme l’avait annoncé, en début de semaine, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, les nouvelles ne sont pas bonnes. Selon les chiffres publiés par l’INSEE, hier, la France a en effet enregistré une chute de 1,2 % de son produit intérieur brut (PIB) au cours du premier trimestre, après une baisse de 1,5 % au dernier trimestre 2008 - un chiffre revu à la hausse par rapport à la précédente estimation. Si cette statistique n’est pas une surprise, les révisions apportées aux trimestres précédents sont, en revanche, surprenantes.
Écroulement de l’économie
La croissance au troisième trimestre 2008 n’aurait pas été de 0,1 % comme initialement prévu par l’INSEE, mais de - 0,2 %, après - 0,4 % au deuxième trimestre. La récession était donc déjà là dès le troisième trimestre de l’année dernière. Un désaveu pour la ministre de l’Économie qui se targuait alors que « la politique du gouvernement est en train de produire ses effets ».
Globalement, la croissance en 2008 n’a pas dépassé 0,3 %, contre une précédente estimation de 0,7 %. Le temps passe et la chute de l’activité économique s’avère « tout à fait inédite : la plus forte depuis 1949 », selon Fabrice Lenglart, chef du département des comptes nationaux à l’INSEE. Seule la consommation (+ 0,2 %) - c’est une habitude en France - continue de résister à cet écroulement de l’économie française. Les investissements des entreprises décrochent (- 3,2 %), les industriels vident massivement leurs stocks plutôt que de produire. Et les entreprises ne peuvent pas compter sur leurs principaux clients, comme l’Allemagne, l’Espagne ou le Royaume-Uni, puisque leurs achats vers la France se sont effondrés par rapport à 2008. Au vu de ces nouveaux chiffres, la ministre de l’Économie a estimé que la chute du PIB devrait être « autour de 3 % » en 2009, rejoignant ainsi les estimations du FMI et de la Commission européenne.
Un million de chômeurs en plus
En conséquence, la France a détruit 138 000 emplois au premier trimestre, soit presque autant que sur toute l’année 2008, notamment sous l’impact du marasme dans l’intérim et l’industrie. Et l’hécatombe n’est pas terminée.
« C’est simple. À zéro point de croissance, on détruit 200 000 emplois, et de même à chaque point de croissance en moins. Je vous annonce donc qu’on aura 900 000 chômeurs de plus cette année, et qu’on risque d’atteindre le million », a indiqué Jean-Pierre Revoil, ancien chef du service de statistiques de l’UNEDIC, de 1992 à 2007. Soit ce que prévoyait l’OFCE à la fin 2010 ! « Je ne veux pas noircir le tableau, mais on n’a jamais vu une telle rapidité de croissance du chômage depuis l’après-guerre et la crise de 1929 », a-t-il ajouté. Et « même si on peut penser que l’économie ira mieux en 2010, cela ne suffira pas à créer des emplois : il y aura seulement moins de perte d’emplois. »
Pour le gouvernement, la réplique est toute trouvée : « La France résiste mieux que les autres pays de la zone euro. » Et cette fois encore, il s’agirait, selon le premier ministre, François Fillon, décidément inflexible, « du résultat des décisions que nous avons prises, l’anticipation à la fois du plan de sauvetage des banques et le plan de relance de l’économie qui donne aujourd’hui des résultats ». Pourtant, les 26 milliards d’euros du plan principalement axé sur l’investissement paraissent aujourd’hui inefficaces pour éviter le désastre social actuel.
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