Éducation . Une école maternelle près de Nantes se mobilise contre les réformes Darcos des programmes et du temps scolaire.
Sainte-Luce (Loire-Atlantique),
envoyé spécial.
Ils étaient près de 15 000 à Nantes, samedi, lors de la manifestation de l’éducation, malgré une pluie incessante. Si les 270 suppressions de postes diagnostiqués en Loire-Atlantique restent le point de crispation, la réforme Darcos des programmes et de l’aménagement de la semaine de classe fédère de plus en plus d’opposants. Notamment dans les sections de maternelle, comme c’est le cas à l’école des Pommes de pin, à Sainte-Luce, dans la banlieue nantaise. Au coeur d’une cité scolaire de neuf cents élèves, les Pommes de pin ont rejoint le mouvement avec la grève du 15 mai. « Après une simple réunion d’information organisée par les enseignants a été décidée une occupation administrative », raconte Éric Le Foll, responsable de la FCPE.
Autrement dit, une grève par roulement pendant laquelle une enseignante accueille les enfants, les parents occupant les autres classes. « Les nouveaux programmes vont à l’encontre de ceux mis en place par François Fillon lui-même en 2002 et issus de la synthèse des réflexions de pédagogues. Ces programmes devaient être évalués en 2007, cela n’a pas été fait. Les nouveaux manuels sont arrivés avant même que les enseignants soient consultés », explique Catherine Balliau, parent d’élève et professeure dans un lycée. Au centre des préoccupations, le changement radical de cap qui plaçait jusqu’à présent l’enfant au centre du dispositif. « La dimension psychoaffective de l’enfant est complètement niée, comme dans l’ancien temps. L’objectif de la maternelle sera désormais de le préparer à devenir un élève. Les petites et moyennes sections sont vidées de leur substance. Elles vont devenir des garderies et la grande section un CP. C’est une remise en cause de la scolarité avant trois ans, voire au-delà », résume Sylvie Godard, enseignante en moyenne et grande sections.
« Le question du Vivre ensemble qui était l’un des cinq principes de notre enseignement a disparu de nos textes de référence au profit du Devenir élève », confirme Salomé Jourdan, en charge des toute petite et petite sections et aussi directrice de l’établissement. Les nouveaux emplois du temps suscitent également beaucoup d’inquiétude, particulièrement pour les enfants en difficulté. « On parle, pour eux, de stage pendant les vacances scolaires alors qu’ils ont plus que les autres besoin de se reposer. On va encore plus les stigmatiser. Certains parents apprécient qu’on s’occupe enfin des enfants en difficulté. Mais quand ils ont toutes les informations en main, ils deviennent solidaires du mouvement », souligne Éric Le Foll. A Sainte-Luce, l’heure n’est pas à baisser les bras.
Ludovic Tomas
l' Huma du 27 / 05 / 08



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