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03.05.2008

Licenciés, ils veulent se faire entendre

métallurgie . Les ex-salariés de Lenoir et Mernier, victimes des fraudes d’un patron voyou, ne veulent pas d’un accord ficelé dans leur dos.

Bogny-sur-Meuse (Ardennes),

envoyée spéciale

Depuis la mise en liquidation judiciaire de l’entreprise Lenoir et Mernier le 7 février dernier, suite aux malversations d’un patron voyou, les salariés n’ont cessé de multiplier les actions. Leur revendication : obtenir une indemnisation de 50 000 euros par salarié auprès de l’UIMM pour le « préjudice moral ». Ils ont eu beau occuper leur usine, menacer de déverser de l’acide dans la rivière, leur supplique est restée lettre morte. Et même pis : depuis les élections municipales et cantonales, les élus qui jusqu’alors les soutenaient sont aux abonnés absents. « Maintenant qu’ils ont été réélus, ils nous abandonnent », déplore Claude Choquet, délégué syndical CFDT de l’entreprise ardennaise. Devant le silence général, les salariés, dépités, ont décidé de se battre sur un autre front, celui du dispositif d’accompagnement. « Quand on a vu qu’il n’y avait pas de volonté pour soutenir notre revendication au niveau national, on a abandonné l’idée de la prime, précise Claude Choquet. Ce qu’on veut, c’est améliorer le dispositif. »

Mais là aussi, les salariés - qui entre-temps se sont regroupés en association - ont été échaudés. Les délégués de l’entreprise ont purement été évincés des négociations sous prétexte qu’ils n’avaient plus de mandat vu qu’ils avaient été licenciés. Côté syndicat, c’est donc la CFDT métaux qui a pris le relais, contre l’avis des salariés, qui, à 95 %, ont signé une pétition pour refuser de mandater le syndicat Métaux pour négocier. « C’est un syndicat pas représentatif qui va nous représenter. Je n’appelle pas ça des négociations », dénonce Claude Choquet.

Pourtant, la semaine dernière, la préfète, les présidents des conseils régional et général ainsi que la CFDT interprofessionnelle ont élaboré un « projet de protocole d’accord portant sur les modalités d’accompagnement de reclassement des salariés ». « Tout ce qui est marqué dans ce projet existe déjà. Il n’y a rien de neuf », a pu constater Claude Choquet, d’autant plus interloqué qu’un passage mentionne l’UIMM, organisme dont leur patron était membre. Il est ainsi mentionné : « Ces solutions qui viennent en abondement des dispositions réglementaires sont apportées par l’État, la région, le département, l’UIMM. » « On ne comprend pas trop, à moins que ce ne soit une erreur », s’interroge l’ex-salarié. Pour - essayer de réintégrer les négociations, plusieurs ex— salariés ont décidé de se syndiquer à la CGT.

En attendant, l’association des Lenoir et Mernier envisage de porter plainte contre les conseils régional et général pour « discrimination par rapport aux mesures appliquées aux salariés de Thomé-Génot en termes de primes » et pour « discrimination envers les salariés exclus des négociations ». À côté de cela, une procédure court toujours aux prud’hommes pour faire requalifier les licenciements économiques et licenciements abusifs. Audience prévue pour le 19 septembre.

Alexandra Chaignon

l' Huma du 02 / 05 / 08

« prendre en compte les années d’étude »

Plusieurs organisations de jeunesse demandent au gouvernement de « prendre en compte les années d’études et la période d’insertion des jeunes dans le calcul des retraites » afin de « renforcer un droit à la retraite à taux plein à 60 ans ». Selon elles, « les étudiants, sans revenus, pourraient contribuer au financement du système en s’acquittant d’une cotisation symbolique qui matérialiserait leur affiliation à une caisse de retraite ». « L’augmentation du niveau de qualification des jeunes a entraîné un allongement de la durée des études et un recul de l’âge moyen d’entrée dans un emploi stable (27 ans) qui conduisent les jeunes à commencer à cotiser plus tard que par le passé », constatent-elles, estimant que « les périodes d’étude ne (devraient) pas devenir pénalisantes ».

Premiers signataires : l’UNEF, CGT jeunes, UNSA jeunes, FO jeunes, FSU, Solidaires, Léo Lagrange, SOS Racisme, UNL, FIDL, LMDE, Génération précaire, JOC, Fac Verte.

l' Huma du 02 / 05 / 08

Histoire et actualité de 1968

Débat . Quarante ans après le fameux mois de mai, la CGT a réuni syndicalistes de l’époque et d’aujourd’hui. Une table ronde qui a permis de tirer des enseignements pour la période actuelle.

Le président de la République, en déclarant vouloir « en finir avec Mai 68 », lui a, malgré lui, redonné de l’importance et n’est pas étranger à l’intérêt immense qui lui est aujourd’hui porté. Indéniablement, ce constat de Georges Séguy s’est encore vérifié mardi dernier au siège la CGT. La table ronde qui a réuni l’ancien secrétaire général de la centrale syndicale, l’ancien membre du bureau confédéral et négociateur de Grenelle, Jean-Louis Moynot, Bernard Thibault et Bruno Julliard, président de l’UNEF pendant la lutte du CPE, a connu un franc succès. Plusieurs centaines de personnes y ont assisté, soucieuses de « mieux comprendre ce qui s’est passé » lors de ce fameux mois. Soucieuses aussi d’en « tirer des enseignements » qui soient utiles aux luttes d’aujourd’hui.

« Non, la France ne s’ennuyait pas en 1968, elle grondait. » À entendre Georges Séguy, la France des ouvriers et des petits employés grondait même depuis plusieurs mois pour ne pas dire depuis plusieurs années. L’intransigeance du pouvoir gaulliste totalement sourd aux revendications sociales avait alimenté un profond mécontentement général. En témoignent les conflits et les jours de grève qui se sont multipliés les deux années précédantes.

Outre ce ras-le-bol grandissant, « le développement de la combativité du mouvement ouvrier a été également rendu possible par le pacte d’unité et d’action conclu par la CGT et la CFDT en janvier 1966 », rappelle l’ancien secrétaire général. Dans les universités, la situation n’est pas plus calme. « Depuis le début de l’année 1967, le SNE sup et l’UNEF ont engagé la lutte pour la modernisation de l’enseignement supérieur ». Petit à petit, les ferments de l’explosion sociale se sont accumulés, les conditions nécessaires se sont réunies. Il ne manquait plus qu’« une étincelle ». « Ce moment le plus décisif » où s’est établie la convergence entre travailleurs et étudiants, Georges Séguy le situe dans la nuit du 10 au 11 mai. « J’étais à mon domicile. J’écoutais la radio qui rendait compte des affrontements violents entre CRS et étudiants rue Gay-Lussac. Le gouvernement avait engagé les forces spéciales responsables de Charonne », se rappelle le syndicaliste.

« Indigné, angoissé », il comprend cette nuit-là que « le pouvoir a décidé de mater la révolte étudiante ». Face au « péril qui menace les jeunes révoltés », il estime que son syndicat ne peut se limiter « à de simples protestations, même véhémentes ». Le 11 mai, à 9 heures, Georges Séguy réunit donc la FEN, la CFDT et l’UNEF à la bourse du travail de Paris. « Halte à la répression ! Vive l’union des travailleurs et des étudiants ! » proclame une déclaration commune élaborée dans la matinée qui appelle à la grève et à manifester le lundi 13 mai. Le succès de cette journée marque un véritable tournant que le Figaro reconnaît lui-même à sa façon en titrant : « Le mouvement ouvrier a pris le pas sur l’agitation ». Dès lors, « dans nos esprits la grève générale ne fait plus de doute », confie Georges Séguy. Une grève dont la concrétisation et l’ampleur doivent beaucoup à la stratégie d’autogestion arrêtée par la CGT. « Si la France a été paralysée pendant quinze jours, c’est parce que les travailleurs ont été maîtres de bout en bout du mouvement. »

Sur cet aspect « déterminant » de l’autogestion de la grève dans le déroulement du conflit, Jean-Louis Moynot insiste longuement. « Sans cela, il n’y aurait sans doute pas eu 10 millions de grévistes. » Tout jeune membre du bureau confédéral, il est de la délégation de la CGT qui négocie rue de Grenelle. « Surpris » par la faiblesse de la résistance qu’oppose celle du CNPF et par « la lucidité » dont fait preuve le premier ministre, Georges Pompidou, le syndicaliste énumère les principales concessions et souligne leur importance : l’unification du SMIG et du SMAG (1) et sa revalorisation de 30 %, la hausse générale de 10 % des salaires, l’instauration du droit syndical… Il insiste sur « le constat de Grenelle ». « Parler d’accord de Grenelle est un mensonge » dont le but était de jeter le discrédit sur la CGT et son secrétaire général.

Mai 68 était-t-il un mouvement révolutionnaire ? Aucun des intervenants ne le pense. S’ils concèdent que sans aucun doute une partie de ceux qui ont pris part au mouvement avaient des aspirations révolutionnaires, tous aussi soulignent l’absence d’alternative à gauche.

Jusqu’il y a peu encore président de l’UNEF, Bruno Julliard évoque « la fascination des jeunes d’aujourd’hui pour Mai 68 », perceptible en particulier dans les slogans et les affiches qui ont fleuri à l’occasion du mouvement contre le CPE. Une fascination qui témoigne selon lui de « l’impatience » et « du refus de l’ordre établi » qui caractérisent toujours la jeunesse. Jeunes et étudiants sont « les héritiers de Mai 68 ». Mais des « héritiers libres et décomplexés ». L’ancien syndicaliste étudiant pointe les différences entre le contexte de l’époque (absence de chômage et de précarité de masse) et celui d’aujourd’hui. Par contre, la solidarité intergénérationnelle et l’autogestion de la grève comptent aux nombres des aspects de 1968 qui restent aujourd’hui d’actualité. Pour Bruno Julliard, il ne s’agit pas de répéter mais de « construire de nouvelles luttes ».

Dans la foulée de l’évocation du contexte de l’époque par Georges Séguy qui a fait apparaître des similitudes politiques et sociales, en particulier la recrudescence de la conflictualité sociale, l’absence d’alternative politique et la surdité totale du pouvoir aux aspirations et revendications des travailleurs et de la jeunesse, Bernard Thibault pointe celle du « traitement médiatique ».

Des enseignements de 68, le secrétaire général en retient trois fondamentaux. « La conduite démocratique du mouvement » qui a été « un gage d’efficacité ». « L’unité syndicale » qui s’est avérée être « une véritable force d’entraînement et de mobilisation ». Et enfin « l’existence d’organisations structurées (syndicales - NDLR) » sans lesquelles « il ne peut exister un mouvement social incontournable ». Il pointe deux conditions qui ont permis la réussite de 68 et qui ne sont pas réunies aujourd’hui. Pour Bernard Thibault, la faiblesse du nombre de syndiqués et le morcellement du paysage syndical sont des obstacles majeurs à la constitution d’un rapport de forces suffisant pour contraindre le gouvernement à satisfaire les revendications des salariés.

Le secrétaire général de la CGT plaide enfin pour un effort de son organisation en direction de la jeunesse. « Il faut l’investir » dans les responsabilités au sein du syndicat car « chaque génération fait la CGT de sa période ».

(1) Salaire minimum interprofessionnel garanti

et salaire minimum agricole garanti.

Pierre-Henri Lab

l' Huma du 02 / 05 / 08

Sarkozy/Fillon toujours plus bas dans les sondages

Selon TNS-Sofres de mai, 92% des sondés estiment que les mesures du gouvernement contre la hausse des prix se révèlent inefficaces.

Dans l’édition du 3 mai, L’Humanité revient sur une année de sarkozysme. Avec "Les bonnes feuilles de Sarkolangues" de Christian Lehmann… Et une question posée par le philosophe André Tosel : comment renverser l’hégémonie du sarkozysme ?

• "Le singe de Gramsci" par A.Tosel • "Sarkolangues" par C.Lehmann • Notre vidéo avec A. Badiou

Commando anti-IVG et agression contre le planing familial à Grenoble


 

Commando anti-IVG à Grenoble

Le Planning Familial de l’Isère vient d’être agressé par des groupes anti-IVG ! « SOS Tout-petits », et sans doute d’autres groupes, coutumiers du délit d’entrave à l’IVG, ont « tagué » de façon scandaleuse l’entrée du Planning Familial de Grenoble. Le public, jeune pour la plupart, qui vient pour bénéficier des services publics dispensés par les militant-e-s du Planning a été ainsi violemment agressé cette semaine. Le même jour, les participantes et participants à une réunion privée convoquée par le Planning, ont été bloqués par des manifestants brandissant des banderoles, datant des luttes obscurantistes passées !

Les messages des groupes anti-IVG étant agressifs, mensongers et diffamatoires, l’association du Planning Familial de l’Isère porte plainte à la police, et demande que les forces de police veillent, dans l’agglomération grenobloise, à ce que ces délits, ainsi que les collages massifs d’affiches du même acabit cessent.

Les manifestations de ces groupes se produisent, aujourd’hui, contre les activités du Planning Familial, après avoir été ciblées contre les services publics d’IVG pendant de nombreuses années. C’est l’organisation qui a ouvert les premières permanences au public, en 1961, qui est attaqué.

Ces groupuscules, comme dans d’autres villes françaises, mais aussi européennes, contestent violemment le droit à l’information et à la prévention sur les questions de sexualité, et le droit de tout-e citoyen-ne de choisir d’avoir, ou non, une grossesse. Le droit de choisir sa sexualité et sa procréation est un droit reconnu à tout citoyen et citoyenne de notre pays, et devrait l’être dans toute l’Europe. La garantie de ce droit nécessite une lutte globale contre toutes les violences à l’encontre des femmes.

Cette lutte s’étend aujourd’hui aux différents pays européens . C’est sans doute pour cela que le Conseil de l’Europe vient de voter une Résolution demandant à tous les Etats de dépénaliser l’avortement, et de garantir à chaque femme de pouvoir avoir accès à un avortement dans de bonnes conditions sanitaires !

Aujourd’hui, les droits et les libertés des femmes, chèrement acquises dans notre pays et dans le monde, sont menacés, en particulier par la montée des intégrismes. En France et en Europe, les oppositions à ces droits se développent d’autant plus que nos pays n’affirment plus avec la vigueur nécessaire les principes de laïcité et de mixité. Ils installent même, petit à petit, un relativisme culturel « au nom de la démocratie » et remettent en cause, ainsi, l’universalité des droits fondamentaux des femmes et des hommes.

Nous n’accepterons pas que soit attaqué, par quelque moyen que se soit, un droit fondamental obtenu après un long combat et au prix d’un lourd tribut payé par les femmes.

Mouvement Français pour le Planning Familial

samedi 3 mai 2008

De : pour les droits des femmes
samedi 3 mai 2008

site BELLACIAO

SENAT : groupe communiste (Mobilité et parcours professionnels dans la fonction publique .

 
 
 
Mobilité et parcours professionnels dans la fonction publique
Par Josiane Mathon-Poinat - 29 Avril 2008

Madame la présidente, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, on peut d’ores et déjà se poser des questions sur l’intitulé même du projet de loi que nous examinons aujourd’hui ; mon collègue Jean-Claude Peyronnet en a d’ailleurs proposé un autre.

En effet, on pourrait légitimement s’attendre à un projet de loi portant exclusivement sur la mobilité des fonctionnaires, une mobilité qui a été largement entravée par de nombreuses lois depuis la création du statut général des fonctionnaires en 1946. Or, il n’en est rien, puisque le thème de la mobilité sert surtout ici de prétexte à une réduction des effectifs et des dépenses publiques.

Supposons cependant en toute bonne foi qu’il s’agisse d’un texte portant réellement sur la mobilité des fonctionnaires. Nous ne pouvons que le constater, ce projet de loi, loin d’être ambitieux, ne va rien changer aux problèmes rencontrés par les agents de la fonction publique pour ce qui est de leur parcours professionnel.

Les premiers articles du projet de loi prévoient une systématisation des détachements et un droit à intégration, afin de garantir au fonctionnaire une mobilité « non entravée » par les statuts particuliers. « Les conditions de détachement sont par ailleurs assouplies pour que celui-ci puisse intervenir entre corps et cadres d’emplois appartenant à la même catégorie et de niveau comparable ». La mobilité entre les trois fonctions publiques et au sein de chacune d’entre elles devrait être facilitée, permettant ainsi une intégration directe dans un corps ou un cadre d’emplois de fonctionnaires remplissant toutes les conditions pour y être détachés.

Sous couvert de « progrès », le Gouvernement ne fait qu’assouplir la loi Galland de 1987, qui, elle-même, modifiait d’ailleurs insidieusement la loi Le Pors, largement négociée et approuvée à l’époque par l’ensemble des personnels.

Par ailleurs, en matière d’intégration, le Gouvernement a reculé par rapport au projet de loi initial, qui prévoyait que l’intégration pour un fonctionnaire en détachement devait arriver dans un délai de cinq ans maximum alors que, dans le projet que nous examinons, l’intégration ne peut avoir lieu qu’au bout de cinq ans. Cette condition nous paraît totalement contraire au discours tenu par la majorité quant à sa volonté de faciliter la mobilité.

Dès lors, quelle autre avancée notoire sur la mobilité pouvons-nous constater ? Aucune, malheureusement ! Ce texte comporte quelques mesures qui sont aussi démagogiques qu’elles seront inapplicables.

À titre d’exemple, l’article 6 du projet de loi prévoit que le fonctionnaire de l’État, contraint par son administration d’occuper un nouvel emploi au sein de l’une des trois fonctions publiques, a le droit de conserver le plafond indemnitaire le plus élevé entre celui que lui offrait son employeur d’origine et ce que lui propose son nouvel employeur.

Outre le fait qu’il est irréaliste, cet article va faire peser sur les administrations d’accueil, en particulier les collectivités territoriales et les hôpitaux, le financement des restructurations imposées par l’État, ce qui ne manquera pas d’aggraver leur situation financière.

Plutôt que de procéder à une telle individualisation de la rémunération, une remise à plat de l’ensemble des indemnités et de la grille indiciaire pour uniformiser les pratiques de rémunération serait plus pertinente. En somme, ce texte jette le trouble au sein d’une fonction publique déjà confrontée à de multiples problèmes.

Présenté comme une avancée majeure, ce projet de loi n’est qu’une « réformette » supplémentaire. En réalité, la mobilité est ici presque exclusivement entendue comme une mobilité quasiment forcée vers le privé, comme le montre l’article 7 du projet de loi. En effet, si la réorientation d’un fonctionnaire n’aboutit pas - cela risque d’être souvent le cas -, l’agent pourra être mis en disponibilité d’office, sans être rémunéré, ou mis à la retraite, au mépris du principe de réaffectation des fonctionnaires.

Le thème de la mobilité sert donc de prétexte. Mais alors, que contient le reste du texte ?

Il comporte un ensemble de mesures qui visent à précariser encore et toujours plus les agents de la fonction publique. Ainsi, l’article 8 élargit les possibilités de cumul d’emplois à temps non complet, dans les trois fonctions publiques. Ce faisant, il aggrave la précarité des agents à temps partiel au lieu de la résorber.

Quant à l’article 9, il étend les possibilités de recours à des contractuels pour remplacer des fonctionnaires momentanément absents dans la fonction publique d’État. De la même manière, il institue une précarité durable dans la fonction publique au lieu de l’éradiquer.

L’article 10 prévoit le recours à l’intérim, afin de pourvoir rapidement les emplois temporairement inoccupés ou pour faire face à un besoin ponctuel. Il symbolise à lui seul la volonté du Gouvernement de vider de son contenu le statut de la fonction publique, puisqu’il sous-entend qu’une mission de service public peut être assurée par un intérimaire, comme n’importe quel autre emploi.

Intérim, CDD, cumul d’emplois à temps partiel : voilà les différentes facettes de l’emploi précaire que nous dénonçons habituellement et qui vont être appliquées à la fonction publique. Si ce projet de loi n’apporte aucune réponse aux questions relatives à la mobilité des fonctionnaires, il pratique, en revanche, une saignée profonde dans le statut de la fonction publique, avant que la révision générale des politiques publiques ne l’achève définitivement !

C’est pourquoi l’ensemble des syndicats sollicités ont voté contre ce projet de loi ou se sont abstenus. Une journée de grève massive s’annonce d’ailleurs le 15 mai prochain ; cinq organisations syndicales ont appelé toute la fonction publique à cesser le travail.

La réforme que vous envisagez, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, ne passe ni par la négociation ni par la concertation.

La logique sous-jacente de ce texte reprend les principes dévoilés dans le discours de Nantes du chef de l’État. Sa déclaration opposait le contrat à la loi ; le métier, plus restrictif, à la fonction ; elle défaisait les liens entre les fonctions publiques ; opposait la performance individuelle à l’efficacité sociale. Bref, ce discours annonçait le dynamitage du statut, la substitution de l’individualisme et de la concurrence aux valeurs d’égalité et de solidarité inscrites dans le statut même des fonctionnaires et à la transparence de gestion conquise par les personnels. Une telle politique s’attaque directement aux garanties apportées aux citoyens par le statut de la fonction publique.

Le chef de l’État fait peu de cas des raisons qui ont permis à notre pays de disposer d’une fonction publique intègre, au service de l’intérêt général, et préfère chiffrer froidement le gain financier réalisé pour chaque suppression de poste dans les effectifs de l’État.

Comme il a pu l’expliquer voilà quelques semaines, « lorsqu’on évite un recrutement en organisant différemment le service, on évite non pas une année de salaire, mais quarante années de salaires et vingt ans de retraite ».

M. André Santini, secrétaire d’État. Eh oui !

M. Éric Woerth, ministre. C’est juste !

Mme Josiane Mathon-Poinat. Je poursuis la citation : « Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, c’est non seulement une économie de 3,5 milliards d’euros en 2011, mais c’est surtout comme si nous réduisions au bout du compte la dette de 100 milliards d’euros. »

Fi des hommes, de l’efficacité publique au service du bien commun, de la cohésion sociale, de l’égal accès aux services et de la continuité territoriale !

Le gouvernement actuel considère l’action publique comme un coût, jamais comme une source de richesse. Creusant les déficits par sa politique fiscale, il étrangle les dépenses d’intérêt général dans les secteurs les plus sensibles, tels que le logement, la santé, la solidarité, l’emploi, la formation. Il occulte les situations les plus critiques liées au manque de personnel ; l’hôpital en est un exemple étonnant. Il ne programme pas de nouveaux emplois, il choisit purement et simplement la réduction des effectifs de fonctionnaires de l’État, avec la suppression de 160 000 emplois en quatre ans.

Il décharge l’État de nombreuses missions qu’il renvoie aux collectivités territoriales, sans pour autant donner à ces dernières les moyens de développer de vrais services publics locaux et démocratiques, programmant ainsi le corsetage de l’emploi public territorial. Comme l’a clairement résumé le Premier ministre le 10 octobre 2007 : « La réforme de l’État supposera que chacun d’entre nous accepte qu’il y ait moins de services, moins de personnel, moins d’État sur son territoire ».

Créer des statuts différents entre salariés effectuant le même travail au sein d’un même service, multiplier les différences de salaires sur des bases totalement illégitimes, officialiser le recours aux emplois précaires... Ce texte ne va qu’amplifier la désorganisation au sein de la fonction publique.

Comme la loi dite de « modernisation » de 2007, ce projet de loi relatif à la mobilité comporte une série d’offensives très ponctuelles, très techniques. Ces premières attaques pourraient préfigurer une déstructuration du système français de la fonction publique en vue de faire place nette au modèle dominant européen. Il s’agit d’une étape intermédiaire en attendant la réforme générale des politiques publiques, ou RGPP, et la concrétisation du rapport Silicani.

La fonction publique est l’instrument central de la mise en œuvre de l’intérêt général. Elle est fondée sur les principes républicains d’égalité d’accès aux emplois par recrutement sur concours, de séparation du grade et de la fonction, de citoyenneté garantie pour les agents de la fonction publique. La conception républicaine de la fonction publique devrait servir la population plus que les principes managériaux que vous voulez mettre en place. On ne gère pas l’État comme une entreprise privée !

Nous ne sommes pas seulement opposés à ce projet de loi ; nous sommes favorables à une certaine conception de la fonction publique. Il ne s’agit pas de défendre les statuts à l’identique ; on ne peut les défendre qu’en les faisant évoluer. La fonction publique est un facteur de réduction des inégalités. Elle doit donc bénéficier de moyens financiers, techniques et humains importants.

Vous l’avez donc compris, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, nous voterons contre ce projet de loi.

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