medef . Craignant pour l’image des patrons, Laurence Parisot s’en prend vertement à l’UIMM et met en scène une « opération mains propres ». Mais même les « modernes » de la métallurgie résistent à l’offensive. Et derrière le battage, la consanguinité persiste.
Le patronat est au bord d’une guerre intestine. Révélés, en fin de semaine dernière, par l’hebdomadaire Marianne, les avantages très particuliers accordés à Denis Gautier-Sauvagnac contre la promesse de sa démission à la tête de l’UIMM sèment un vent de panique au MEDEF. Après une négociation rondement menée début décembre par Michel de Virville (Renault) et Philippe Darmayan (ArcelorMittal), le bureau de la puissante fédération patronale de la métallurgie a octroyé à son ex-président un « parachute doré » de 1,5 million d’euros et une « assurance tous risques » contre les conséquences fiscales de son éventuelle condamnation pour « abus de confiance », « travail dissimulé » et « recel d’abus de confiance ». Selon les termes de cet accord, Denis Gautier-Sauvagnac, mis en examen depuis le 15 janvier dans l’affaire des retraits suspects de 19 millions d’euros en liquide entre 2000 et 2007, pourrait continuer de se taire, refuser de livrer les détails sur l’utilisation des sommes détournées et, le cas échéant, être condamné, mais sans avoir à en subir le préjudice financier puisque l’UIMM s’engage à l’« assumer ».
Parisot érige un mur
Le 22 février, le bureau de l’organisation patronale évoque, sans plus de précisions, une enveloppe de 4 millions d’euros. Dans ces conditions, on le comprend aisément, le silence est d’or.
« Ce genre de comportement est méprisant et méprisable, ça abîme l’image des entreprises, l’image du MEDEF et mon image », avouait le week-end dernier Laurence Parisot. Après avoir, cet automne, attendu trois semaines avant d’évoquer des « secrets de famille » et d’expliquer que « beaucoup savaient inconsciemment », la présidente du MEDEF tente d’ériger promptement une véritable muraille entre les « pantalonnades » - selon une autre de ses expressions - des héritiers du Comité des forges et la « transparence » de son patronat à elle, ouvert et moderne, à la fois dans les services et dans le vent. Dans ce contexte, Laurence Parisot en appelle directement aux « adhérents de l’UIMM qui sont choqués par ce que nous découvrons », et elle demande « solennellement à tous les membres de l’UIMM qui exercent des mandats nationaux dans des institutions, au nom du MEDEF, de remettre immédiatement leur mandat à disposition ».
Hier, en fin d’après-midi, à l’issue d’une « réunion exceptionnelle », le bureau de l’UIMM, victime, selon ses propres termes, d’une « campagne violente », renvoie Laurence Parisot dans les cordes. « Le bureau de l’Union (UIMM - NDLR) réaffirme, de façon forte et unanime, qu’il entend conserver, dans l’intérêt de l’ensemble des entreprises, tous les mandats auxquels l’UIMM a toujours su apporter son expertise et son expérience dans l’intérêt général. Le président demande donc au MEDEF qu’il en soit ainsi. L’UIMM continuera ainsi à jouer pleinement son rôle. » Alors que Denis Gautier-Sauvagnac, toujours délégué général de l’organisation (il perçoit encore aujourd’hui un salaire mensuel de 21 000 euros par mois à ce titre), et Dominique de Calan, délégué général adjoint, doivent quitter leurs fonctions dans les prochains mois, Frédéric Saint-Geours, à la tête de la fédération patronale depuis décembre, se contente de confirmer cette annonce. Seule concession au MEDEF : selon le communiqué, l’actuel président de l’UIMM a « proposé au bureau de réexaminer les conditions de départ de Denis Gautier-Sauvagnac ».
Double langage au MEDEF
« Il n’y a pas deux MEDEF, arguait, hier matin, Laurence Parisot. Il y a peut-être eu une organisation qui se pensait rivale. Aujourd’hui, il y a un seul mouvement patronal et qui se veut le patronat du XXIe siècle. » Le problème pour la présidente du MEDEF, c’est que, malgré ses gesticulations et derrière la poudre aux yeux, entre l’UIMM et le « patronat du XXIe siècle », la consanguinité demeure. Soutien actif de Laurence Parisot lors de son élection à la tête du MEDEF, malgré l’opposition de l’UIMM, Michel de Virville avait été désigné par elle pour remplacer Denis Gautier-Sauvagnac à la tête de la commission sociale du MEDEF et à la présidence de l’assurance chômage (UNEDIC), et voilà qu’après avoir négocié l’« indemnité de départ » de son prédécesseur, le « moderniste » baigne au coeur du scandale… Dominique de Calan, bras droit de Denis Gautier-Sauvagnac à l’UIMM, a participé à la négociation sur le marché du travail au beau milieu de la délégation patronale et surtout, après sa mise en examen le 14 février, il vient d’obtenir, au titre du patronat, la présidence de l’organisme de retraites complémentaires AGIRC. Le « patronat du XXIe siècle » aime, peut-être, la transparence, mais il apprécie encore plus le double langage.
Thomas Lemahieu
l' Huma du 04 / 03 / 08



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