Pillage . Le tribunal de commerce a décidé la cessation d’activité de l’entreprise Brocard et Roux, vidée de ses matières premières par son PDG.
Besançon (Doubs),
correspondance particulière.
En sortant du tribunal de commerce de Besançon, lundi après-midi, les visages des quarante salariés de Brocard et Roux (BRS) montraient toute la consternation et la colère qui les animaient. Après un court délibéré, les juges ont en effet décidé la cessation d’activité de l’entreprise à partir du 29 février prochain. « On a les machines mais plus de matière première pour produire ! Il y a des jugements incompréhensibles. On fait quoi ? l’inventaire de plus rien ? » s’emporte un salarié. Les matières premières et une partie des pièces confectionnées ont été frauduleusement embarquées dans des camions qui ont pris la direction de la Slovaquie, dans la nuit de vendredi à samedi. Un vol qui, visiblement, n’a pas ému les juges, malgré les constatations de la gendarmerie. « C’est proprement scandaleux. On peut, dans ce pays, organiser une délocalisation sauvage, monter des transferts de matières en toute illégalité, et si nous ne nous étions pas aperçus du stratagème en découvrant les camions, laisser quarante salariés, le lundi matin, dans une usine vide ! Et ce personnage peut gentiment sortir d’un tribunal sans sanction. Un gosse qui vole un bonbon dans une boulangerie est puni plus gravement que lui ! » s’emporte Laurent Idelot, le directeur général de Devecey, en apercevant son PDG britannique, Mike Bacon, monter dans une voiture et filer à l’anglaise. Maintenu sous surveillance des salariés dans l’entreprise durant tout le week-end, Bacon a donc quitté libre l’enceinte du palais de justice, les paies de janvier n’ont pas été versées et il y a peu d’espoir de le revoir pour liquider de cette entreprise. Selon Laurent Cornu, le directeur commercial et porte-parole des salariés, la liquidation permet uniquement aux salariés de bénéficier des droits sociaux attachés à cet état. Mais il craint, aujourd’hui, que l’épisode vécu par BRS ne soit préjudiciable à une éventuelle reprise. « Ce qui est grave, c’est qu’il ait emporté dans les camions des pièces qui ont déjà été achetées par nos clients et que nous ne pourrons donc pas leur livrer. Cela entraîne obligatoirement une perte de confiance qu’il sera difficile de retrouver. » À Devecey, il y a donc quarante salariés sur le carreau et, en Slovaquie, un patron voyou, heureux de son mauvais coup, tranquillement installé dans un bureau.
Alain Cwiklinski
l' Huma du 06 / 02 / 08



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