Santé . La ministre de la Santé demande à des hôpitaux en déficit de racheter les RTT accumulées des salariés, sans leur donner de moyens supplémentaires.
Mystère et boule de gomme. On a beau en tourner et retourner les données en tous sens, l’équation paraît insoluble. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a conclu, mardi, avec trois intersyndicats de médecins hospitaliers, un accord prévoyant le paiement de la moitié du 1,6 million de journées de RTT accumulées par les praticiens. Un accord au rabais, comme l’a dénoncé un quatrième syndicat, la CPH, puisque la journée sera payée 300 euros, contre une valeur réelle de 420 euros. Et mardi prochain, la ministre espère parvenir à un autre accord, cette fois avec les syndicats des personnels non médicaux, sur le paiement de leurs RTT, stockées sur des comptes épargne temps (CET), et de leurs heures supplémentaires.
Depuis le début de ces négociations, Roselyne Bachelot prétend que les hôpitaux ont les moyens d’honorer les factures de ces engagements. Problème : ni les syndicats, ni les responsables des établissements (voir ci-dessous l’entretien avec Gérard Vincent) ne font les mêmes calculs. Pour faire face à ces dépenses nouvelles, les hôpitaux disposent d’une ressource sûre, une seule : le Fonds pour l’emploi hospitalier, doté de 350 millions d’euros. À lui seul, le rachat des RTT des médecins, dont le coût est estimé à près de 300 millions d’euros, absorberait donc l’essentiel de cette manne. Il ne resterait pratiquement plus rien pour régler l’ardoise, bien plus élevée, contractée par l’État envers les infirmières et autres personnels. La CGT santé estime que l’apurement complet du contentieux - les 4 millions de jours de congés accumulés dans les CET par l’ensemble des salariés de l’hôpital et les 23 millions d’heures supplémentaires - nécessiterait 1,5 milliard d’euros.
Roselyne Bachelot fait valoir que les hôpitaux ont dû, conformément à la loi, provisionner des sommes pour garantir les CET de leurs personnels. Vérité sur le papier, mais, le plus souvent, fiction à l’arrivée. La plupart des établissements (2 sur 3, selon la Fédération hospitalière de France) ayant des comptes dans le rouge, ce provisionnement n’a, le plus souvent, qu’une réalité comptable, l’argent correspondant ayant été utilisé pour parer aux nombreuses urgences. Au bout du compte, si elle permet au gouvernement de faire une belle « annonce », de la « politique média avant les municipales », selon la formule de Nadine Prigent, de la CGT santé, l’opération du gouvernement risque fort de se solder par un creusement des déficits. Que l’on constatera après les élections. En tout état de cause, même si les compteurs, en matière de RTT et heures sup, devaient être remis à zéro, les problèmes structurels de l’hôpital demeureraient. À commencer par ceux du recrutement des personnels, médecins et infirmières, nécessaires - pour éviter que se reconstituent des stocks sur les CET comme ceux qui ont mené à la situation explosive d’aujourd’hui - et de la valorisation des métiers en question, en termes de salaires, pour garder leur attractivité.
Au fond, cette affaire de la dette sociale accumulée par l’État envers ses fonctionnaires des hôpitaux souligne l’acuité de la crise du financement de la santé. Alors que le service à rendre est de plus en plus coûteux, du fait des besoins de la population mais aussi des techniques mises en oeuvre, les établissements doivent « faire face dans le cadre d’une enveloppe fermée, dont l’évolution est nettement décrochée de celle des dépenses », souligne Jean-Luc Gibelin, de la commission santé du PCF. Le recours à la tarification à l’activité, sa généralisation, exigée par le gouvernement, à 100 % de l’activité des établissements en 2008 ne faisant qu’aggraver le problème, puisque, « s’ils augmentent leur activité, leurs tarifs sont diminués »… Dès lors, la « vraie question à poser », souligne le responsable communiste, se résume ainsi : « Veut-on, oui ou non, augmenter le montant des dépenses de santé remboursées ? »
Yves Housson
l' Huma du 18 / 01 / 08



Commentaires
Ne laissons pas brader les Heures Supplémentaires des infirmières !
La réunion de négociation du 22 janvier entre le Ministère et les 8 syndicats représentatifs, sur la monétarisation des heures sup. des hospitaliers devait durer toute la journée, mais les participants se sont séparés dès la fin de matinée, les propositions du Ministère étant inacceptables.
« Lorsque le Ministère nous a proposé de solder nos heures sup., nous pensions que par « solder », il entendait « résorber le stock » : aujourd’hui nous avons compris que par « solder » il voulait aussi dire « brader les prix » ! a déclaré Thierry Amouroux, le Président du SNPI CFE CGC.
Yann Bubien, Conseiller Social de la Ministre, propose ainsi de payer les heures sup. sur la base d’un forfait de 11 euros brut.
« Même si vous souhaitons un paiement calculé en fonction de l’indice de l’agent, on peut toujours discuter d’un montant en euros, mais il y a un principe de fond : nous ne pouvons pas admettre qu’à l’hôpital une heure sup. soit moins payée qu’une heure normale, alors qu’elle est majorée de 25 % dans le privé » s’indigne Thierry Amouroux.
En effet, le montant brut d’une heure d’IDE est de 13 euros (soit moins 15 %) et celle d’un cadre infirmier de 16 euros (11 euros c’est donc moins 30 % !). Pour le coup, c’est travailler plus pour gagner moins ! Nous souhaiterions que notre Ministre applique les directives présidentielles !
De même, pour la rémunération des jours mis dans un Compte Epargne Temps (CET), Yann Bubien nous a indiqué qu’ils seraient payés 80 euros en catégorie B (infirmière) et 125 euros en catégorie A (cadre de santé), dans la limite de 50 % des jours déposés par l’agent sur son CET.
Là encore, s’il est normal que la rémunération d’une journée de travail tienne compte du niveau d’études et de responsabilités, comment comprendre qu’un médecin soit payé 300 euros par jour de RTT (selon l’accord du 15 janvier dernier), et une infirmière seulement 80 ? Notre niveau de reconnaissance est-il si faible ? Ce n’est pas une profession que l’on exerce pour l’argent, mais ce n’est pas du bénévolat non plus !
En multipliant le montant brut d’une heure d’IDE (13 euros) par 7 heures, on obtient déjà 91 euros. Pour le Ministère, les soldes sont également ouvertes pour les CET des infirmières !
Au-delà de l’aspect financier, il y a un problème de fond sur la « valeur » d’une journée de travail, et le niveau de non-reconnaissance de la profession infirmière.
La dernière réunion de négociation est prévue le 29 octobre : vous n’avez que quelques jours pour vous faire entendre !
Aussi, le SNPI CFE-CGC invite des personnels infirmiers :
à faire grève et à manifester le jeudi 24 janvier
à envoyer par mail ou par fax la pétition refusant que l’on brade ainsi notre diplôme
Les coordonnées du ministère et texte de la pétition sont en téléchargement dans l’article :
http://www.syndicat-infirmier.com/article.php3?id_article=484
Ecrit par : SNPI CFE-CGC | 25.01.2008
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